CES RÉGIMES QUI FONT GROSSIR

Docteur Benchétrit, parlez-nous de votre parcours professionnel. Quelles sont les circonstances qui vous ont amené à vous intéresser à la nutrition?

En 1980, j’exerçais dans un cabinet médical à Boulogne où, déjà, un mini-ordinateur  occupait la moitié de la pièce. J’étais tombé dans les bras de l’informatique et j’avais développé sur ce mini une application de que j’allais baptiser Medigest.
Medigest gérait mes dossiers, mes ordonnances, mes courriers.
Quelques mois plus tard,  avec l’aide de mon frère Meyer, nous transposions  Medigest sur le premier micro-ordinateur de l’époque et Medigest allait devenir rapidement le premier logiciel pour cabinet médical en Europe

A cette époque aussi j’avais écrit quelques articles sur l’apport de l’informatique et de l’intelligence artificielle dans la santé.
Par chance, ces articles ont permis de mobiliser des  moyens importants qui nous ont permis de mener notre recherche et créer la première équipe en informatique médicale de l’époque. Nous sommes restés leader dans ce domaine jusqu’à ce jour

Très vite, notre laboratoire a acquis une expérience unique en Intelligence artificielle et nous avons ainsi créé de nombreuses applications pour l’hôpital, pour le médecin, pour la salle d’accouchement, pour les urgences.

Vous avez travaillé auprès du professeur Apfelbaum avec qui vous avez développé la technique dite du semainier. Fait-elle partie de votre arsenal thérapeutique? Si oui, pouvez-vous nous en rappeler le fonctionnement?

Le Pr Apfelbaum avait alors entendu parler de nos travaux et il nous contacta pour nous présenter son travail en nutrition. Il avait réaliser des avancées considérables dans l’utilisation de l’informatique en nutrition mais  il y avait encore beaucoup de chemin à faire.
Apfelbaum pressentait l'échec des traitements médicamenteux dans le surpoids et l’échec des régimes.
L’histoire lui a donné raison.
Il a tracé la voie de la personnalisation extrême : un régime qui s’adapte aux habitudes alimentaires de chacun et avec cela il a publié très tôt, les meilleurs résultats dans le traitement du surpoids : Plus de 50% de bons résultats à 2 ans, quand les autres méthodes ne dépassent pas les 5%

Donc depuis 1986, nous n’avons rien inventé, nous avons  rendu possible  l’accès à la méthode aux plus grands nombre ;

  • sur le plan du coût : dans les années 80 un traitement sur plusieurs mois coûtait plus de 5000 euros – aujourd’hui, il en coûte 80 euros
  • sur la plan de la mise en œuvre de la méthode  : il fallait venir à l’hôpital passer la journée et revenir un mois plus tard – aujourd’hui, vous bénéficiez de la méthode grâce au net de votre domicile
  • le temps de traitement était de plusieurs jours : aujourd’hui un dossier est traité en 15 secondes
  • l’efficacité : en permettant un suivi quotidien, la méthode est infiniment plus efficace et personnalisable – les patients oublient qu’ils sont au regime- ce qui est le cas
  • les progrès de la nutrition et de la technologie font qu'aujourd’hui, nous avons la solution la plus adapté au traitement du surpoids – sans effets secondaires, satisfaisante pour le patient, satisfaisante pour le médecin

Nous avons atteint notre but

  • Enfin, tout le monde peut en bénéficier. Ledietmed  www.ledietmed.fr permet d’appliquer la méthode à toutes les pathologies en liaison avec les médecins  traitants


Vous êtes avec le docteur Boulier, l'un des pionniers de l' impédancemètrie, l' utilisez-vous toujours dans votre approche du surpoids? 

Non mais c’est utile

Vous avez mené avec l' équipe de la Clinique du Poids une étude consacrée aux habitudes alimentaires des français : quels en sont les résultats? Quelle réponse apportez-vous à ce constat?

Les résultats 2011 sont éloquents. Les français sont en surpoids à cause des régimes. C’est paradoxal, mais les chiffres sont là, si les français ne faisaient pas de régimes amaigrissantes, ils seraient moitié moins nombreux en surpoids.

L’étude, présentée ici, porte sur 152 903 personnes dont 134 629 femmes et 18 274 hommes choisis de façon aléatoire.

Elle révèle :

  1. Un abus du recours aux méthodes amaigrissantes : 40 % des femmes ont un poids initial normal et s’engagent néanmoins dans un processus de perte de poids. C’est le point de départ d’une spirale bien connue des régimes inadaptés. Elles vont connaître des cycles successifs « perte de poids – reprise majorée de poids » qui les conduisent inexorablement à terme vers un réel surpoids.
  1. 61 % des femmes et 52 % des hommes ont un apport calorique insuffisante et ont développé une résistance à la perte de poids suite à des régimes à répétition. Cette résistance s’aggrave à chaque tentative de régime. Ils optent pour des solutions hypocaloriques ou dissociées quand ils devraient manger plus et mieux pour atteindre leur objectif.
  1. 90 % des personnes présentent des déséquilibres majeurs dans les apports nutritionnels. On constate une aggravation des carences et excès dans les bilans des français en 2011 par rapport à ceux constatés en 2007.

Ces aggravations constatées semblent en apport avec les déséquilibres alimentaires préconisés dans les régimes ayant connu un large succès en 2011 et montrés du doigt par l’ANSES (régimes hyperprotéinés, régimes standards déséquilibrés…).

  • 82 % des personnes présentent une insuffisance de la part des glucides, conséquence directe de la diabolisation du pain, des pâtes et du riz.
  • 84 % des femmes et 79 % des hommes présentent une consommation excessive de sucre simple.
  • 67 % des femmes et 65 % des hommes manquent de calcium suite à une exclusion des laitages et des fromages.
  • 84 % de la population présente une carence en vitamine D.
  • 77 % des femmes et 86 % des hommes manquent de magnésium essentiellement présent dans le chocolat, les légumes secs, les arachides habituellement ‘’interdits’’ dans les régimes
  • 68 % de la population présente une carence en vitamine E suite au bannissement également des huiles et des arachides
  • 54,5 % des femmes manquent de fer. Les besoins en fer sont  élevés chez la femme et le fer est présent principalement dans les viandes rouges (associées à tort à des viandes grasses). Ainsi, bien qu’elles suivent un régime hyper protéiné, les femmes vont s’orienter plus spontanément vers les protéines pauvres en fer (poissons, fruits de mer, volailles etc …) étiquetées comme des protéines maigres.
  • 49 % de la population manque de vit C en raison de l’exclusion des fruits

Vous êtes fondateur de la Clinique du Poids qui existe depuis de nombreuses  années. Comment y accueillez-vous les patients? Sont-ils soignés en ambulatoire ? En hospitalisation ? Quels examens pratiquez-vous? Quelle équipe avez-vous réunie autour de vous?

A la clinique du poids, les patients sont pris en charge par des diététiciennes en ambulatoire pour la journée. Si besoin est, ils sont montrés à leurs praticiens pour des examens complémentaires mais cela reste l’exception
Aujourd’hui, nous avons plus de 15 000 clinique du Poids en France, il s’agit de médecins qui prescrivent la méthode sur Internet : www.ledietmed.fr Ils sont déchargés de tous les aspects nutrition et prennent du temps pour l'écoute du patient.
Cela fonctionne très bien

Pour le patient qui ne peut se rendre dans la Clinique du Poids des Champs Elysées Paris 8, existe-t-il des relais en Province, à l'étranger ?  Peut-on consulter par internet?

Comme je l’ai dit précédemment tout médecin peut devenir une clinique du Poids
Il suffit de s’inscrire sur www.ledietmedecins.fr
Il reçoit les informations et la formation nécessaire

Qu'elle est la place de la chirurgie bariatrique dans votre approche du traitement du surpoids?

C’est réservé aux grands obèses quand tout le reste a échoué.

Pour conclure, voulez-vous nous dire quelques mots sur votre dernier livre :

LE DIET                                                                                                                                                             Les Recettes de La Méthode BENCHETRIT ?

Dans mon métier, on apprend vite que  quand on a de l’appétit, on a de l’appétit pour tout, pour la vie, pour la joie de vivre, pour le bonheur, pour apprendre et la liste  est infinie
Et Inversement quand on vous coupe l’appétit par des régimes fantaisistes, des méthodes que tous les médecins connaissent depuis 30 ans mais qu’ils n’appliquent pas parce qu’ils en connaissent les dangers, alors on vous coupe l’appétit pour tout, y compris sur le plan sexuel, c’est la dépression, la mélancolie

En prêtant serment pour devenir médecin, on s’engage à contribuer à la bonne santé de nos patients. C’est ce que nous avons voulu faire avec ce livre de recettes

Manger est un plaisir pluri-quotidien et avec quelques grands chefs en France, nous avons voulu proposer une méthode et des recettes savoureuses, gourmandes, des desserts, des plats, des salades qui donnent envie de manger, qui vous donnent envie de vivre tout court

Ces grands chefs ont mis tout leur talent dans cet objectif , je les remercie et je remercie aussi l’éditeur qui a fait un magnifique ouvrage.

propos recueillis par le docteur Jonemann

Social: