DOSSIER : LA HAGUE ENTRE CIEL ET MER
UNE TERRE AU BOUT DU MONDE

Au bout de la presqu’île du Cotentin, après Cherbourg, il existe un bout du monde enchanté où le plaisir nous ramène à l’essentiel.

Les fougères de la lande se marient  aux bruyères en automne et l’azur du ciel au vert des figuiers en été. En contrebas, l’océan de son bleu éternel et changeant sertit les falaises déchiquetées. En toute saison il fait bon musarder dans la Hague. Sur la route, après Bayeux, célèbre pour la tapisserie que tissa la reine Mathilde en attendant le retour d’Angleterre de son mari, Guillaume le Conquérant, la lumière devient différente, presqu’irréelle. Après Cherbourg la rade nous offre à La Saline une dernière fois ses eaux apaisées bordées par les forts et s’ouvre vers le large. Déjà les couleurs ici ne sont jamais les mêmes, comme un avant-goût de Hague.

A partir de Querqueville le paysage s’ensauvage. On ne sait parfois plus où la terre finit et où la mer commence et se marie avec le ciel. Les côtes déchiquetées offrent des panoramas à couper le souffle. 

Elles sont préservées grâce à la bénédiction du Conservatoire du littoral et parce que cette région a longtemps été oubliée. Ici pas de tourisme de masse. Les gens de la Hague ne l’auraient pas toléré et celui qui vient ne  peut être qu’un esthète. Dans ce pays chaque instant nous ramène à l’essentiel. Plus rien n’existe que la beauté sauvage des paysages qui ressemblent à l’Ecosse ou à l’Irlande et pourtant ont parfois un petit air de Côte d’Azur avec leurs figuiers et palmiers, les plages immenses, les chemins creux au hasard desquels se blottissent villages et manoirs de granit, coiffés de schiste du pays.

La richesse du patrimoine de cette région est étonnante : châteaux et manoirs, puits et lavoirs, églises, mais aussi jardins et parcs, et toute une histoire liée aux personnages célèbres qui ont vécu dans la Hague. Tout est enchantement. Car c’est bien d’un pays enchanté qu’il s’agit, où les légendes racontent l’histoire de la dame blanche et celle des naufrageurs, où l’on se prend à rêver devant les phares, guetteurs improbables des mers, où l’on marche en laissant le regard se perdre sur l’horizon, où l’on respire à en perdre haleine la pureté de l’air venu du large.

Ce pays donne envie d’effacer le stress inutile de la vie et de créer des instants ronds, pleins, que l’on n’oubliera plus. Dans la Hague les repères citadins n’ont plus cours. Et s’il pleut de temps en temps c’est pour entretenir auprès des « horsains » une réputation qui a longtemps protégé la Hague des étrangers. Le temps ici change avec les marées et alors que l’on est à peine préparé à sortir sous l’averse, un grand ciel d’azur déchire déjà les nuages, faisant reposer le ciré devenu inutile. 

Le vrai luxe n’est-il pas celui-ci, la magie d’un lieu préservé dont la beauté nous émeut, et dont la confidentialité nous enchante ? Dans la Hague on vient parfois par hasard, mais on revient toujours. Une fois rentré La Hague vous appelle et vous hante.

Le 01-11-11
par
Aude Lhérault