NAISSANCE D'UNE FONDATION ET RENOUVEAU ARTISTIQUE

A l'occasion de son lancement, la Fondation UART dédiée à l'art ukrainien présente l'exposition « Fertilité » qui réunit trois grands artistes ukrainiens : la photographe Lesya MALSKAYA, le peintre Yury VAKULENKO et la céramiste Nelly ISSOUPOVA.
L'opportunité pour nous de (re)découvrir après les saisons « ukrainiennes », la richesse et la diversité de l'art ukrainien en pleine effervescence et renouveau.
Monsieur Anatoli ZLENKO, président honoraire de la fondation UART (ministre des affaires étrangères 1991-1994, 2000-2003) vient nous donner un nouvel éclairage sur l'art ukrainien et la place de la France dans le cœur de ses artistes.

1 Bonjour Monsieur le Ministre, et merci de recevoir Prestige Santé. Monsieur le Ministre, quelle est la part de l’art dans la vie des ukrainiens ?

Oh, c’est une immense place. C’est une véritable histoire d’amour qui lie les Ukrainiens à leur patrimoine artistique et culturel. Les Ukrainiens sont fiers de leurs artistes. Et cela pour deux raisons. La première parce que l’Ukraine est considérée comme l’un des berceaux artistiques et culturels européens : de Kiev à Odessa, de Lviv à Donetsk, l’héritage culturel de l’Ukraine est vaste. Il s’illustre à travers tous les champs artistiques : qu’il s’agisse de notre patrimoine architectural, comme nos églises, ou de peinture, de littérature, avec Gogol, de musique, de photographie, ou encore de cinéma. Par exemple, la peinture Ukrainienne, qui rayonnait déjà au XVIIIème siècle, a, encore au XXème siècle, influencé la peinture avant-gardiste russe, et notamment grâce au peintre Kazimir Malevitch. Les artistes Ukrainiens ont toujours été des locomotives, des têtes de pont, innovant sans cesse dans tous les mouvements artistiques.
La seconde raison parce que les Ukrainiens ont « l’art dans la peau ». C’est, pour nos compatriotes,  presque un « art de vivre », si vous me permettez cette image. L’art fait partie de notre quotidien. Nous y puisons une fierté, une réflexion, un refuge parfois, une exaltation, mais aussi une relation au monde particulière.

2 Monsieur le Ministre, à quoi reconnaît-on l’art Ukrainien ?

C’est une très vaste et très intéressante question, tant l’art ukrainien foisonne par ses courants, par ses talents et par ses créations, et tant il a été assimilé à l’art russe et contraint par l’Empire Russe. Il est difficile de le définir dans sa globalité, mais il est porteur d’une âme  commune : il pourrait être la synthèse d’une culture raffinée matinée de puissants matériaux puisés dans la culture traditionnelle populaire. L’art Ukrainien est marqué par un puissant enracinement dans les traditions folkloriques qui remontent parfois aux époques lointaines des Scythes et des colonies grecques sur les côtes de la Mer Noire. Il connaît beaucoup de faits esthétiques, de courants divers, de mouvements d’avant-garde : le réalisme, le cubisme… pour ne citer qu’eux.

3 Monsieur le Ministre, pourquoi avez vous accepté d’être le président honoraire de cette fondation ?

J’ai décidé d’accepter ce titre pour plusieurs raisons. Tout d’abord à titre personnel, parce que j’ai été Ambassadeur à Paris, et deux fois Ministre des Affaires Étrangères, ce qui m’a conduit de nombreuses fois en France et plus particulièrement à Paris. Je suis amoureux de Paris, j’y ai vécu, je parle français, autant vous dire que je m’y suis régalé, tant la profusion et l’offre artistique y est grande et enrichissante.  L’autre raison, pour laquelle j’ai accepté d’être président honoraire, est qu’il me semble important de promouvoir cette richesse culturelle ukrainienne, qui est ma passion,  que j’aime, dont je suis l’héritier, et qui me porte depuis tant d’années. Je souhaite, à travers ce titre, lui consacrer tout mon temps, lui  apporter tout mon soutien, et lui permettre de se donner à voir. Cette fondation reflète la diversité et l’abondance de la culture ukrainienne.
Les gouvernements ukrainiens montrent une volonté de promotion de la culture ukrainienne et ils mettent en place, depuis l’Indépendance en 1991, un processus d’approfondissement de la connaissance de cette culture par l’Occident. Les vocations de  la Fondation UART sont essentielles dans cette mission de promotion artistique ukrainienne. UART va à la fois valoriser notre immense vitalité patrimoniale, artistique et culturelle, qu’il  s‘agisse de la peinture impressionniste et réaliste, portée par Yvan Trush. Mais UART souhaite aussi faire découvrir nos artistes contemporains majeurs, qui rayonnent internationalement, comme la plasticienne Oksana Mas. Cette artiste réalise des peintures colorées et abstraites, tout en revisitant la tradition classique des peintres naïfs ukrainiens de la fin du XIXème siècle, avec notamment dans le traitement des couleurs en tons directs, l’influence des peintures de villages traditionnels.
Maria Prymatchenko, entrée au Panthéon des figures artistiques majeures ukrainiennes, immense artiste et tant admirée par Picasso y a aussi sa place. Elle a été influencée par l’art populaire traditionnel ukrainien, avec ses motifs floraux, animaliers, ou encore ses Pisanki, les œufs en bois peints à l’occasion de la Pâques orthodoxe. Et notre fameux Sevastianov, peintre et footballeur, qui a rendu magiques et lumineux les paysages, parfois un peu austères,  de l’Ukraine.
Cette Fondation se veut être une caisse de résonnance culturelle, un haut lieu artistique, littéraire, cinématographique, auquel je désire participer : à la fois pour promouvoir notre héritage culturel, mais aussi pour booster le renouveau artistique.
Pardonnez moi si je suis un peu long, vous entendez la passion qui m’anime dés lors que l’on parle d’art, vous comprenez le foisonnement artistique ukrainien : je souhaite absolument faire découvrir la variété de nos talents et la diversité des créations.

4 La photographie est reconnue comme un art à part entière. Malskaya est aujourd’hui une photographe reconnue dans le monde. Quels sont les autres photographes  ukrainiens reconnus ?

Effectivement, la photographie, illustrée, portée par des artistes comme Malskaya fait, désormais partie de notre richesse culturelle. Malskaya est une jeune artiste contemporaine, qui, au moment de la Révolution Orange, s’est emparée de son appareil photo et a décidé d’immortaliser ces moments historiques. Son travail  est tout à fait remarquable, en ce qu’elle a saisi de l’immense émotion que nous avons connue à ce moment là.
D’autres photographes, comme Karpenko,  dont nous soutenons le travail, a fait l’objet d’une très grande exposition devant la mairie du XVIème arrondissement à Paris.

5 Cette fondation a pour but de faire connaître l’art ukrainien dans le monde. Vous avez ouvert un bureau à Paris. Dans quelle autre ville comptez-vous en ouvrir ?

Nous avons choisi Paris pour notre premier bureau de la Fondation, et cela, au plan personnel, me tient particulièrement à cœur, car les relations entre la France et l’Ukraine sont importantes et authentiques. Et pas seulement au plan économique ou diplomatique, terrains sur lesquels se sont noués et se nouent quotidiennement  des liens forts. Il existe entre nos deux pays un véritable attachement. Les Ukrainiens sont de vrais amoureux de la langue et de la culture française. Notre grande artiste Sonia Delaunay a vécu à Paris et a travaillé à l'École de Paris. Depuis son indépendance en 1991, l’Ukraine a toujours montré son ouverture vers l’Europe. Elle est proche de la « Vieille Europe », comme on dit, elle a des frontières communes avec la Hongrie, la Pologne et la Slovaquie. Pour implanter nos bureaux, nous choisissons donc  des villes emblématiques, culturellement riches, rayonnantes, où le foisonnement culturel existe, et c’est tout naturellement qu’on envisage d’ouvrir nos prochains bureaux à New York, Moscou et Tel Aviv.

6 Pensez-vous, dans les temps à venir,  développer des partenariats afin de faire découvrir des artistes français en Ukraine ?

Oui bien sûr, nous y travaillons. Nous avons tout d’abord l’envie de les promouvoir et nous avons les structures pour les accueillir que ce soit dans nos grands musées nationaux ou dans nos galeries privées de renommées internationales.  Nous allons organiser des expositions qui vont porter des regards conjoints sur nos artistes et sur les artistes français. Nous réfléchissons aussi à la création de rétrospectives de grands peintres français. De plus, à l’instar de la FIAC ou de la Art Paris Art Fair, nous avons aussi à Kiev un évènement de cette ampleur, l’Arsenale 2012, qui accueille des peintres, des designers, ainsi que des galeries internationales, ce qui nous permet d’apprécier la vitalité de la création contemporaine, et de présenter un panorama de toutes les formes de création artistique.

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