Bien voir ne devrait pas être un privilège
Paris, le 7 octobre 2026 Dr Maxime Delbarre, Chirurgien ophtalmologue

Bien voir ne devrait pas être un privilège
Nous n'avons pas tous les mêmes yeux. Mais surtout, nous n'avons pas tous les mêmes chances de faire contrôler notre vue au bon moment.
Selon l'endroit où l'on vit, son âge, son niveau d'information, ses contraintes professionnelles ou familiales et son accès aux professionnels de santé, prendre soin de ses yeux peut être une évidence pour certains et un parcours beaucoup plus compliqué pour d'autres.
Et lorsqu'il s'agit de santé visuelle, le temps compte.
Car derrière une paire de lunettes, il n'y a pas seulement une question de confort. Bien voir, c'est pouvoir apprendre, travailler, conduire, rester autonome et maintenir un lien avec les autres.
La vue n'est pas un luxe. Elle conditionne une partie de notre liberté.
Mal voir ne se voit pas toujours
Un enfant qui voit mal le tableau ne dira pas nécessairement : « J'ai un trouble visuel. »
Il pourra se rapprocher, plisser les yeux ou simplement s'habituer à voir ainsi. Une vision non corrigée peut alors compliquer certains apprentissages sans que la cause soit immédiatement identifiée.

Un adulte qui commence à rencontrer des difficultés visuelles peut lui aussi adapter progressivement ses habitudes.
Une personne âgée peut renoncer à certaines activités, moins sortir ou perdre en autonomie sans toujours faire immédiatement le lien avec l'évolution de sa vision.
C'est ce qui rend les inégalités face à la santé visuelle particulièrement insidieuses : elles ne se voient pas toujours.
Le lieu où l'on vit ne devrait pas compliquer l'accès à la santé visuelle
Nous parlons beaucoup de déserts médicaux. L'ophtalmologie n'échappe pas aux disparités territoriales d'accès aux soins.
Derrière les statistiques se trouvent des situations très concrètes : repousser un contrôle, parcourir davantage de kilomètres, organiser un déplacement, trouver un créneau compatible avec son travail ou sa vie familiale.
Et plus la prévention devient compliquée, plus le risque est simple : attendre.
Attendre une gêne. Attendre une baisse de vision. Attendre que le problème devienne suffisamment important pour justifier toutes ces contraintes. La prévention ne peut pourtant fonctionner pleinement que si elle est accessible avant l'urgence.
La technologie peut faciliter l’accès aux soins. Elle ne résout pas tout
Ces dernières années, l'organisation de la filière visuelle a évolué. Coopérations entre professionnels, délégation de certaines tâches, télémédecine, outils numériques ou encore innovations diagnostiques ouvrent de nouvelles possibilités.

Il faut savoir les utiliser. Mais ces outils n’ont de sens que s’ils permettent réellement de faciliter le dépistage, le diagnostic ou le suivi.
Une innovation n'est réellement utile que lorsqu'elle améliore concrètement l'accès à la prévention, au diagnostic ou au suivi.
Le progrès médical ne se mesure pas seulement à ce que nous sommes capables de faire. Il se mesure aussi au nombre de personnes qui peuvent réellement en bénéficier.
La santé visuelle est aussi une question sociale
Nous réduisons encore trop souvent l'ophtalmologie aux lunettes, aux lentilles ou aux opérations. Mais derrière la vision se jouent des enjeux beaucoup plus larges.
Une vision non corrigée peut compliquer certains apprentissages chez l'enfant. Préserver sa fonction visuelle à l'âge adulte permet de continuer à exercer de nombreuses activités dans de bonnes conditions. Chez les personnes âgées, la vision joue également un rôle majeur dans le maintien de l'autonomie.
Préserver la vue, ce n'est donc pas seulement préserver un sens. C'est préserver une capacité à participer pleinement à la vie quotidienne.
Le 8 octobre ne devrait pas être une journée de plus sur le calendrier
À l'occasion de la Journée mondiale de la vue, nous allons rappeler l'importance du dépistage et de la prévention. C'est nécessaire.
Mais la question la plus importante est peut-être ailleurs : que se passe-t-il le 9 octobre ?
Si nous voulons réellement faire progresser la santé visuelle, notre ambition ne peut pas être uniquement de mieux soigner ceux qui arrivent jusqu'à nous. Elle doit aussi être de permettre au plus grand nombre d'accéder aux soins au bon moment.
Car dans un pays capable de dépister, corriger, traiter ou surveiller de nombreux troubles et maladies oculaires, l'accès à la santé visuelle ne devrait jamais dépendre de la facilité avec laquelle on peut pousser la porte d'un cabinet.
Bien voir ne devrait pas être une chance. Et encore moins un privilège.
À propos du Dr Maxime Delbarre : Chirurgien ophtalmologiste basé à Montpellier, le Dr Maxime Delbarre est spécialisé en chirurgie réfractive et de la cataracte. Il accompagne ses patients avec une médecine de précision, fondée sur l’innovation, la pédagogie et l’exigence médicale.Site : https://ophtalmologue-montpellier.frCabinet : Saint-Jean-de-Védas / Montpellier

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